Bienheureux Charles de Foucauld

Charles de Foucault né en 1858 dans une famille de l’aristocratie française. Orphelin à l’âge de 6 ans, il est élevé par ses grands-parents.

Entré à l’école militaire de Saint-Cyr, il s’y ennuie et mène une vie dissolue loin de Dieu. Il jouit alors de l’héritage familial. Après quelques années de service dans l’armée, il démissionne afin de voyager.

Il arrive en Algérie en 1882 et prépare son itinéraire, et décide de rejoindre le Maroc pour étudier ce pays encore mal connu. A ce titre, il apprend l’arabe, l’hébreu et étudie l’islam. Il y vivra comme un pauvre. Ce voyage au cœur du Maroc, et la masse considérable de renseignements rapportés, notamment géographiques et ethnologiques, valent à Charles de Foucauld la médaille d’or de la Société de géographie de Paris. À la Sorbonne, il reçoit les palmes académiques pour son travail . De retour en France, il retrouve les siens, mais la vie parisienne l’ennuie.

A Paris, il loue une chambre à Paris près du domicile de sa cousine Marie de Bondy. Son attitude change et il se met à lire tant le Coran qu’« Élévation sur les mystères » de Bossuet, livre offert par Marie de Bondy. Il mène une vie de plus en plus sobre, loin des frasques qui choquaient tant sa famille. Il travaille tout au long de l’année 1887 à la correction définitive de Reconnaissance au Maroc, qui paraît en 1888. Sa méfiance vis-à-vis de la foi chrétienne s’estompe progressivement à travers les discussions avec sa cousine Marie de Bondy, au cours desquelles ils parlent religion. Marie de Bondy joue un rôle très important dans sa conversion. Il la décrit plus tard comme « l’ange terrestre » auquel il pourra se confier.

Il rencontre alors l’abbé Huvelin qui sera un des artisans de sa conversion. Charles de Foucauld exprime sa volonté de retrouver la foi. L’abbé Huvelin lui demande alors de se confesser, ce que Charles fait. Il lui donne

ensuite la communion. C’est, d’après lui, une seconde révélation : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand. Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui. ». Cette conversion pousse Charles à vouloir changer radicalement de vie, il devient croyant et commence à prier ; il lit le bréviaire et les écrits des pères du désert . L’abbé Henri Huvelin devient son père spirituel, et tente de modérer ses ardeurs. Il le met en garde devant une vocation religieuse trop rapidement discernée, et lui demande de prendre son temps.

Dans un premier temps, il entre chez les trappistes, très attiré par la pauvreté radicale de cet ordre. Cependant, les interrogations de Charles s’amplifient et se portent sur la possibilité de vivre plus profondément la pauvreté et l’oubli de lui-même. Charles part alors en Terre Sainte. Il commence un pèlerinage habillé comme un paysan palestinien. Il arrive à Nazareth en 1897, et se présente au monastère Sainte-Claire de Nazareth, où il demande à être jardinier, avec pour seul salaire un morceau de pain et l’hébergement dans une cabane. Il répare les murs de la clôture, fait des commissions pour les religieuses, dessine des images pieuses, tout en s’octroyant de nombreux temps de prière. Les clarisses s’inquiètent de son régime alimentaire et lui donnent des figues et des amandes qu’il redistribue secrètement aux enfants. Charles confesse à son père spirituel ses défauts « Prières mal faites… Paresse à me lever… Gloutonnerie. Désirs d’élévation, comme être supérieur à la Trappe ».

De retour en France, il est ordonné prêtre en 1901 et s’embarque pour le désert algérien afin d’y être prêtre ermite. C’est finalement à Tamanrasset qu’il s’établit. Il se construit une maison en pierre et terre séchée. Charles a désormais pour objectif de mieux connaître la culture touarègue, et fait de la rédaction d’un dictionnaire touareg-français une priorité de son apostolat. Il aide les populations qu’il rencontre et continue à distribuer médicaments et aliments afin d’être en confiance avec eux et « leur prouver que les chrétiens les aiment ». Durant la Première Guerre Mondiale, Charles sécurise son ermitage de Tamanrasset en construisant un fortin en briques pour donner à la population un refuge en cas d’attaque. Il contient des vivres, un puits, et des armes.

Son désir d’imiter la vie cachée de Jésus le conduit à innover de façon radicale dans l’apostolat, il n’utilise pas la prédication comme moyen principal de conversion, mais essaye d’être, dans sa vie quotidienne, un exemple de vie chrétienne. Ceci se traduit par une présence chrétienne auprès des populations non-chrétiennes en menant une vie semblable à celles-ci, tout en cherchant à imiter la vie de Jésus.

Progressivement, Charles considère qu’il ne faut pas chercher à tout prix des conversions, encore moins des conversions forcées. Il faut aimer son prochain, même si sa religion est différente, le respecter, et essayer de le comprendre. L’étude de la langue touarègue par Charles de Foucauld entre pleinement dans cette démarche d’acceptation, de compréhension et d’aide aux populations pour lesquelles on ne fait « pour ainsi dire rien ».

Cette connaissance de l’autre doit conduire, pour Charles de Foucauld, à rechercher son bien-être matériel, par l’éducation et le progrès technique, mais aussi à développer l’intelligence de l’autre et sa dignité, et cela sans rien attendre en retour, afin de faire des populations indigènes « nos égaux ». Il écrit à Marie de Bondy : « Il faudrait instruire d’abord, convertir ensuite. On ne peut pas en faire d’abord des chrétiens et civiliser ensuite ». Cette démarche conduit ainsi à se faire aimer, pour mieux amener à la religion en la faisant aimer et apprécier par le comportement quotidien, qui est celui de l’imitation de Jésus. Comme il l’écrit à Mgr Guérin : « Prêcher Jésus aux Touaregs. Je ne crois pas que Jésus le veuille ni de moi ni de personne. Ce serait un moyen de retarder, non d’avancer leur conversion. Cela les mettrait en défiance, les éloignerait, loin de les rapprocher. Il faut y aller prudemment, doucement, les connaître, nous faire d’eux des amis ».

Il voulait pour son apostolat outre des sœurs blanches et des religieux, des professeurs qui viennent de France, professeurs de français (il apprenait aux enfants Touaregs les Fables de La Fontaine) et de musique, puis des personnes étudiant la culture et civilisation touarègues pendant au moins six ans ; c’était donc déjà aussi une relation d’« amitié partagée » et non à sens unique, presque, dirait-on aujourd’hui, d’échanges culturels, la reconnaissance de leur culture et de leur identité.

Pour Charles de Foucauld, le premier apostolat que doivent poursuivre des missionnaires isolés est celui qui passe par « de la bonté, de l’amour et de la prudence », même si cette étape peut prendre des « siècles » avant la conversion. Outre son monumental dictionnaire français-touareg et les lexiques, les poésies touarègues, il avait traduit des extraits de la Bible en tamashek, la langue touarègue, ainsi que les quatre Évangiles, qui ne furent pas retrouvés.

Alors que la région subit des attaques répétées, Charles de Foucauld refuse de s’installer avec l’armée à Fort Motylinski, préférant demeurer auprès des Touaregs. Des pillards venus de Tripoli entendent parler de Charles de Foucauld, et veulent alors l’enlever. Les motifs du rapt sont sans doute financiers, les pillards espérant obtenir une rançon contre sa libération. Le 1er décembre 1916, un Touareg connu de Charles de Foucauld trahit sa confiance et permet aux pillards d’investir le fortin.

L’arrivée de deux militaires français les surprend et, dans la panique, l’adolescent auquel on avait confié la garde de Charles de Foucauld l’abat d’une balle.