Sainte Bernadette Soubirous

Bernadette Soubirous (1844–1879), n’a pas été déclarée sainte parce qu’elle avait eu des apparitions de la Vierge Marie mais parce qu’elle a mené, après ce moment très particulier, une vie héroïque dans la communauté des sœurs de Nevers où elle fut traitée comme une religieuse ordinaire et mena une vie exemplaire d’obéissance et d’humilité. Bernadette est née à Lourdes le 7 janvier 1844. Elle est l’aînée de 9 enfants dont 4 seulement vivront. Les parents de Bernadette s’aimaient. Cet amour sera plus tenace que la misère et les aidera à toujours rester unis. Jusqu’à la fin de sa vie, Bernadette sera sensible à cet amour familial.

Durant les dix premières années de sa vie, Bernadette vit au Moulin de Boly que loue son père. Elle l’appellera « le moulin du bonheur » car elle y a été très heureuse. Mais, hélas, à partir de 1854 les affaires vont mal. Les emprunts que son père ne peut plus rembourser le mènent, lui et sa famille, à une lente mais inexorable dégringolade sociale.

En mai 1856, la famille se retrouve à la rue. La voici recueillie par un cousin, qui leur laisse l’accès à une pièce délabrée de 16 m2 au rez-de-chaussée de sa maison, comprenant tout juste une cheminée et un petit évier. Les fenêtres donnent sur une petite cour intérieure où s’accumule le fumier. Il s’agit d’une ancienne prison désaffectée appelée « le Cachot ».

Dans ce contexte et malgré sa santé précaire, (elle souffre d’asthme), Bernadette, gaie, espiègle, à l’humour communicatif et à la volonté déterminée, n’entend pas rester à ne rien faire. Elle garde ses frères et sœur pendant que Louise, sa mère, lave le linge des autres. Elle travaille comme serveuse dans le café de sa tante Bernarde, va chercher du bois mort sur le bord du Gave pour faire du feu et recherche des os à vendre pour obtenir quelques piécettes afin d’acheter un peu de pain. Plus question pour elle d’aller régulièrement à l’école. À 14 ans, Bernadette fait partie des 50 % d’enfants qui en France ne savent ni lire ni écrire. Elle ne parle que le patois bigourdan, ne connaît pas le français, langue du catéchisme, et ne peut donc pas faire sa première communion.

C’est pourtant cette soif de faire sa première communion qui, en janvier 1858, va pousser Bernadette à quitter Bartrès, où elle vient de passer 6 mois à se refaire une santé et à rendre service à sa nourrice en gardant les moutons. Elle sait qu’elle va retrouver le froid et l’humidité du Cachot ainsi que ses crises d’asthme, mais c’est là, dans ce quotidien banal, que va surgir l’inattendu dans sa vie. Entre le 11 février et le 16 juillet 1858, la Vierge lui apparaîtra 18 fois.

Par ces 18 rencontres, Bernadette découvre peu à peu que sa vie est précieuse, qu’elle a du poids et qu’elle compte aux yeux de Dieu. Elle fait l’expérience de la rencontre avec un Dieu plein de tendresse, un Dieu qui s’intéresse à ceux que le monde exclut.

Plusieurs fois la Vierge lui demanda de faire des choses qui peuvent nous paraître étranges. Mais Sainte Bernadette s’est exécutée avec obéissance, foi et confiance :

« Huitième apparition. Message de la Dame : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs ! ».

Neuvième apparition. Trois cents personnes sont présentes. Bernadette raconte : « Elle me dit d’aller boire à la source (…). Je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. Elle me fit également manger une herbe qui se trouvait près de la fontaine puis la vision disparut et je m’en allai ». Devant la foule qui lui demande : « Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ? », elle répond : « C’est pour les pécheurs ». ».

Ainsi, la Vierge lui demanda de baiser la terre, de marcher à genoux jusqu’au fond de la grotte, de boire de l’eau boueuse, de manger des herbes, … Parce que « la Dame » le lui a demandé, Bernadette exprimera l’Incarnation, la Passion et la Mort du Christ. Marcher à genoux jusqu’au fond de la Grotte : c’est le geste de l’Incarnation, de l’abaissement de Dieu fait homme. Et Bernadette embrasse la terre pour signifier que cet abaissement est bien le geste de l’Amour de Dieu pour les hommes. Manger les herbes amères rappelle la tradition juive que l’on trouve dans les textes anciens. Lorsque les juifs voulaient signifier que Dieu avait pris sur lui toutes les amertumes, tous les péchés du monde, ils tuaient un agneau, le vidaient, le remplissaient d’herbes amères et prononçaient sur lui la prière : « Voici l’Agneau de Dieu qui prend sur lui, qui enlève toutes les amertumes, tous les péchés du monde ».

Cette prière est évoquée à la messe. Se barbouiller la figure : le prophète Isaïe, lorsqu’il parle du Messie, du Christ, il le montre sous les traits du Serviteur souffrant. « Parce qu’il portait sur lui tous les péchés des hommes, son visage n’avait plus figure humaine », précise Isaïe. Il poursuit : « Il était comme un mouton que l’on conduit à l’abattoir et, sur son passage, les gens se moquaient de lui ». Voilà, à la Grotte, Bernadette défigurée par la boue, et la foule qui crie : « Elle est devenue folle » »

Pendant les deux années qui vont suivre, Bernadette va vivre au Cachot, mais elle doit répondre aux visiteurs, chez elle, au presbytère ou à l’hospice. Toute sa vie à Lourdes, à l’hospice et à Nevers ensuite, elle vit vraiment comme une épreuve cette curiosité, ce harcèlement.

Elle va devoir aussi répondre aux interrogatoires, d’abord des autorités civiles, puis très vite des autorités ecclésiastiques qui doivent se prononcer sur l’authenticité des apparitions.

Elle se soumis à ces exercices avec obéissance, sachant que les questions étaient souvent mues par la curiosité. Bernadette prend l’habitude de demander à ceux qui lui demandent de prier pour eux, d’en faire autant pour elle. Sur les images d’elle qu’on lui demande de signer, elle écrit systématiquement : « P. P. Bernadette Soubirous » (Priez pour Bernadette Soubirous). Elle n’est pas heureuse de ces visites qu’elle reçoit sans se plaindre, mais par obéissance. Pour tous ceux qui viennent la voir, elle est une présence attentive, compatissante et stimulante. On la quitte plus fort et assuré, plus confiant qu’on n’est venu.

Le 18 janvier 1862, Mgr Laurence promulguera le mandement reconnaissant les apparitions.

En juillet 1860, Bernadette entre à l’hospice des sœurs de la Charité de Nevers comme pensionnaire, dans la classe des indigents. Cette année-là, elle apprend à lire et écrire : elle a 16 ans et pourra enfin écrire elle-même le récit des apparitions.

En 1863, les sœurs de l’Hospice proposent à Bernadette de soigner les malades. C’est pour elle une expérience décisive qui lui révèle son désir de suivre le Christ en servant ses frères pauvres et souffrants. Le 4 juillet 1866, huit ans après les apparitions, Bernadette quitte Lourdes, sa famille et sa chère grotte. Elle entre au noviciat des Filles de la Charité à Nevers. Un an plus tard, elle fait profession de vie religieuse. Elle restera treize années au couvent Saint-Gildard. Il semble qu’il n’y en ait que deux où elle n’ait pas fait de longs séjours à l’infirmerie comme malade.

Avec ses supérieures, elle est d’une obéissance à toute épreuve, comme en témoigne une anecdote : on avait interdit à Bernadette de retourner à la grotte et on lui demanda « Si la Vierge t’ordonnait d’y aller, que ferais-tu ? ». Bernadette répondit : « Je reviendrais demander la permission à Monsieur le Curé »

Les sœurs la visitent et sont unanimes à dire qu’elle ne s’appesantit pas sur ses souffrances, elle rassure tout le monde sur sa santé, l’évoquant à peine, sinon avec une pointe d’humour.

À partir du 11 décembre 1878, Bernadette s’alite définitivement. Le 16 avril 1879, elle demande à être levée. On la place dans un fauteuil à côté de la cheminée face à un Christ qu’elle ne cesse de fixer et vers qui elle tend les bras : « Mon Jésus ! Oh que je l’aime ! »

Juste avant de mourir, Bernadette unit sa prière à celle de ses sœurs présentes à l’infirmerie : « Sainte Marie, mère de Dieu… » Elle répète : « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi pauvre pécheresse, priez pour moi pauvre pécheresse… »