L’Humilité

Saint Augustin aurait écrit : « Là où est humilité, là aussi est charité. »

L’humilité est le juste milieu entre deux vices : l’exaltation de soi (orgueil), et le mépris de soi. Au milieu, l’humilité est la juste estime de soi.

C’est très fatigant de vivre avec quelqu’un d’orgueilleux, car il n’a vraiment jamais le moindre repos. Tous les autres sont des concurrents éventuels. Il faut constamment être attentif à eux, et leur montrer qu’ils sont dépassés par MOI ! Cet esprit de compétition est, hélas, un puissant moteur de notre vie. Même quand nous faisons du bien, nous nous demandons si nous en avons fait autant que les autres. Quand nous aidons quelqu’un, nous voudrions savoir si nous l’avons fait aussi bien que d’autres. Nous n’arrivons jamais à nous débarrasser vraiment de cet esprit de compétition qui nous rend inquiets.
 
Cet esprit de compétition provient d’une insécurité fondamentale sur la valeur que nous avons. Est-ce que je vaux autant, ou plus, que les autres ? Ce qui nous conduit directement à l’autre vice opposé à l’humilité, mais qui lui ressemble : le mépris de soi. 
 
 
Dans la même journée, nous pouvons passer plusieurs fois de l’exaltation de soi : « Je suis quand même quelqu’un d’assez exceptionnel ! » au mépris de soi : « Quel nul je suis ! ». Or le mépris de soi n’est pas de l’humilité. L’humilité c’est la vérité sur soi : et nous ne sommes pas nuls. Dieu a déposé en nous des qualités, et il nous regarde avec amour. Nier notre propre valeur, c’est en même temps nier l’amour de Dieu.

Pendant longtemps, j’ai considéré l’image négative que j’avais de moi comme une vertu. On m’avait mis en garde si souvent contre l’orgueil et la vanité, que j’en étais venu à croire qu’il était bon de me déprécier moi-même. Mais maintenant je réalise que le véritable péché consiste à nier l’amour premier de Dieu pour moi, à ignorer ma bonté originelle. Parce que si je ne m’appuie pas sur cet amour premier et cette bonté originelle, je perds contact avec mon vrai moi et je me détruis. (H. Nouwen, Le retour de l’enfant prodigue, Bellarmin, p. 134.)

 

Pour devenir HUMBLE : Regarder le Bien qui est en nous

L’idée peut paraître étrange au premier abord, mais elle est profondément sage : pour être humble, il faut commencer par regarder le bien qui est en soi, autrement dit, les dons que Dieu a déposés en moi. Si je ne remarque pas le bien qui est en moi, je vais jalouser les autres. Cela va exciter mon esprit de compétition. Et de fait, les qualités des autres nous attirent, les réussites des autres ne nous laissent pas indifférents. Si nous nous focalisons sur elles, en oubliant le bien qui est en nous, nous allons bêtement chercher à compenser ce manque apparent en nous mettant en valeur d’une manière ou d’une autre.
Une personne humble, elle, reconnaît le bien qui est en elle. Et parce qu’elle le voit bien, elle est capable de le mettre en pratique, pour le bien des autres. Car si Dieu a déposé des qualités en nous, des talents, c’est pour les faire fructifier au service d’autrui.
Une personne humble ose se lancer dans une entreprise, un nouveau projet. Alors qu’une personne très orgueilleuse n’ose pas grand-chose : « Si ça ratait ! Quelle humiliation ! »
C’est impressionnant de voir combien quelqu’un qui se méprise, qui refuse de voir le ou les dons qu’il a reçus, en arrive à regarder les autres avec mépris. Même ceux qui sont bons pour lui.
Il nous faut donc être attentifs au bien qui est en nous. Et je le dis en passant, ce n’est pas si facile que cela ! Souvent, nous avons besoin du regard bienveillant d’autrui qui nous révèle le bien qui est en nous. N’est-ce pas une des missions des parents de faire découvrir à leurs enfants les talents qu’ils ont reçus ? Ce peut être aussi une joie de l’amitié : faire prendre conscience à un ami du bien qui est en lui.

Ne pas se mettre en valeur

Ceci dit, il ne faudrait pas déformer ce que je dis : dans le domaine de la vertu, tout est affaire d’équilibre et de nuances, reconnaître le bien qui est en moi n’est pas synonyme de se mettre en valeur constamment. Il y a des gens qui ont reçu de nombreux dons, et qui s’en vantent. Il est bien évident qu’ils sont loin alors de l’humilité vraie, car ils n’ont pas une juste estime d’eux-mêmes. La connaissance qu’ils ont d’eux-mêmes reste une connaissance erronée. Ils oublient que les qualités qu’ils ont sont des dons reçus de Dieu. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si cela venait de toi ? » (1 Co 4, 7). Il y a toujours quelque chose d’un peu ridicule dans l’orgueil : quelqu’un qui vante ses qualités semble se prendre pour sa propre source. Quand c’est un enfant, nous sourions, quand c’est un adulte, nous sourions aussi… Et si nous nous surprenons nous-mêmes, en flagrant délit de vantardise, sourions encore ! (C’est mieux que de s’attrister).

Un don de Dieu

Humainement, il n’y a pas de solution. L’humilité est vraiment une vertu qui est hors de notre portée. Elle ne peut être qu’un don de Dieu. Elle est un don extrêmement précieux de Dieu qu’il ne peut pas semer dans une terre inculte. Il faut auparavant qu’il la travaille longuement sinon la semence mourrait.
Il nous faut donc demander à Dieu son aide, lui demander de nous donner l’humilité. De nous donner cette belle force intérieure qui rend les rapports avec les autres vraiment harmonieux. Car, nous le savons tous, vivre avec une personne humble est une grande grâce. C’est agréable de vivre avec quelqu’un d’humble. Autant l’orgueilleux est en compétition constante toujours dans le stress de la réussite, autant l’humble est paisible et content de tout ce qui lui arrive.